Half Monster, Half God




À propos de Half monster, half god Genesis Half monster, half god est une galerie de portraits d’une humanité en mutation. Les corps que l’on y découvre se dépassent eux-mêmes : plus puissants, plus tendus, alertes et effrayés. Leur apparence est un rien au-delà du physique particulier, ils sont ce que l’on pourrait devenir après une première mutation. Ils n’incarnent pas uniquement un avenir proche mais ils sont aussi une éventualité plausible. Les visages se donnent à voir tendus par la peur, la haine, par l'effarement. Les regards brillent de méfiance et d’avidité. Ces faces rudes et douloureuses interrogent un monde qui ne leur est pas encore révélé. La tension est le moteur de cette humanité nouvelle. Cette mutation est intrinsèque au corps humain. Pas de machine, pas d’expérience scientifique, pas d’être venus d’ailleurs : le corps modifie le corps par ses gènes, par ses cellules. La chimie, la nature, l’inexpliqué transforme le corps. Cependant ces mutants ne restent pas sans rappeler des figures connues : démons, gnomes, djinns, masques africains et autres figures d'une humanité fantastique qui perdure. L’intelligence artificielle aurait pu trouver sa place dans ces métamorphoses, ces transformations, ces lumières et ces espaces vides de toutes matérialités. Et pourtant, Half monster, half god est le résultat de la main humaine prolongée par des outils électroniques. Ce qui ressemble à l’humain avec des caractéristiques nouvelles est appelé monstre. Ce qui intervient dans le monde sans explication rationnelle est appelé divin. Etymologiquement, le monstre désigne d’abord un prodige, un fait ou un être sortant de l’ordinaire, un avertissement divin. Monstrum, en latin. Depuis l’antiquité, le monstre joue un rôle dans les relations qui unissent l’humanité aux dieux. Ce ne sont pas seulement des créatures, mais aussi des demi-dieux voire parfois des dieux à part entière. Ces dieux monstrueux témoignent de peurs profondes : peur des éléments déchaînées, peur de la nuit et des forcent qui l’habitent. ¹ Le parallélisme entre notre époque et la fonction du monstre s’impose comme une évidence. La pandémie, les guerres, les crises économiques : voici rassemblés tous les éléments nécessaires pour qu’une fiction puisse rejoindre les rangs de la réalité. L’état du monde actuel est une source fabuleuse de réflexion pour la création d’un univers en mutation. Cependant Half monster, half god a sa propre vérité et n’est en aucun cas une allégorie même si les monstres sont le miroir déformant dans lequel se reflète notre réalité. Half monster, half god, c’est aussi la beauté, l’attraction, une forme de raffinement. Ces nouvelles proportions physiques imposent une dimension sexuée. Les corps sont nus et offerts. Les lumières apparaissent luxueuses, colorées, caressantes et mystérieuses. L’univers se révèle sombre et profond. Ces monstres proposent de nouveaux canons de beauté. Leur force, leur puissance et leur apparence nouvelle font naître l’attrait sexuel, la volonté de ressemblance ou de possession mais aussi la crainte de l’affrontement. Il est question d’attraction-répulsion. Il est question de facination. Les dieux du voisins ou de l’ennemi paraissent souvent monstrueux à qui ne les adore pas. ¹ L’humanité n’est jamais aussi belle que dans la démonstration de son acharnement dans des situations perdues d’avance : la mère qui brave l’impossible pour sauver son enfant, l’homme terrassé qui se relève pour combattre un ennemi trop puissant ou encore l’enfant figé face à une situation qui dépasse grandement son entendement… C’est de cette beauté que les êtres de Half monster, half god sont investis : imprégnés de grandeur, de puissance, de rage, de peur, de désespoir et de sensualité. « … Il me sera aisé plus tard de me rendre compte que le mal et la beauté constituent les deux extrême de l’univers vivant, c’est-à-dire du réel. Je sais donc que désormais, il me faudra tenir les deux bouts : en ne traitant que l’un et en négligeant l’autre, ma vérité ne sera jamais valable. Je comprends d’instinct que sans la beauté, la vie ne vaut d’être vécue, et d’autre part une certaine forme de mal vient justement de l’usage terriblement perverti que l’on fait de la beauté. ». (Extrait de « La première méditation » de « Cinq méditations sur la beauté » de François Cheng – académie française) Half monster, half god n’interroge ni le bien, ni le mal. Ces monstres provoquent inévitablement des sentiments, des impressions. Seul le spectateur pourra se faire une opinion. L’angoisse des visages et la tension des corps nus se veulent un rempart au jugement moral. Ces monstres sont emprisonnés dans la durée d’un instant. Comment pouvoir les juger sans connaître la réalité de leurs angoisses ? Ces monstres nous obligent à nous projeter en eux. Half monster, half god est une galerie de portraits d’un monde nouveau, une nouvelle tribu. Contrairement à la traditionnelle fonction des monstres (d’être des repoussoirs, des êtres qu’il faut dompter pour en sortir grandis), ici, on note une inévitable attraction visuelle, cette volonté de leur ressembler, de leur appartenir, de les posséder, de les phagocyter. Le mi-monstre mi-dieu est présenté comme un avenir craint et désiré à l’instar d’un amour naissant. Le traditionnel monstre avide de sang et de chaires fraîches cède la place pour devenir la victime d’une humanité aux désirs ardents et terrorisés. Ch. Vootz ¹ : Laurent Lemire (Journaliste à L’obs et Livres Hebdo) et Laurent Vissière (Maître de conférence à la Sorbonne) – texte : L’humanité en large et dans ses travers pour la revue Historia
About Half monster, half god Genesis Half monster, half god is a gallery of portraits of a humanity in mutation. The bodies that we discover there surpass themselves: more powerful, more tense, alert and frightened. Their appearance is a little beyond the particular physique, they are what one could become after a first mutation. They do not only embody a near future but they are also a plausible eventuality. The faces are shown tense with fear, hatred, and dismay. The eyes shine with distrust and greed. These rough and painful faces question a world that has not yet been revealed to them. Tension is the driving force of this new humanity. This mutation is intrinsic to the human body. No machine, no scientific experiment, no beings from elsewhere: the body modifies the body by its genes, by its cells. Chemistry, nature, the unexplained transforms the body. However, these mutants are reminiscent of familiar figures: demons, gnomes, djinns, African masks and other figures of a fantastic humanity that continues. Artificial intelligence could have found its place in these metamorphoses, these transformations, these lights and these spaces empty of all materiality. And yet, Half monster, half god is the result of the human hand extended by electronic tools. What resembles humans with new characteristics is called a monster. What intervenes in the world without rational explanation is called divine. Etymologically, the monster first designates a prodigy, a fact or a being out of the ordinary, a divine warning. Monstrum, in Latin. Since antiquity, the monster has played a role in the relationships that unite humanity with the gods. They are not only creatures, but also demigods and sometimes even full-fledged gods. These monstrous gods bear witness to deep fears: fear of the unleashed elements, fear of the night and the forces that inhabit it. ¹ The parallelism between our time and the function of the monster is obvious. The pandemic, wars, economic crises: here are gathered all the elements necessary for a fiction to join the ranks of reality. The state of the current world is a fabulous source of reflection for the creation of a changing universe. However, Half Monster, Half God has its own truth and is in no way an allegory even if the monsters are the distorting mirror in which our reality is reflected. Half monster, half god, it is also beauty, attraction, a form of refinement. These new physical proportions impose a sexual dimension. The bodies are naked and offered. The lights appear luxurious, colorful, caressing and mysterious. The universe is revealed to be dark and deep. These monsters propose new canons of beauty. Their strength, their power and their new appearance give rise to sexual attraction, the desire for resemblance or possession but also the fear of confrontation. It is a question of attraction-repulsion. It is a question of fascination. The gods of the neighbor or the enemy often seem monstrous to those who do not worship them. ¹ Humanity is never as beautiful as in the demonstration of its determination in situations that are lost in advance: the mother who defies the impossible to save her child, the man who is defeated and gets up to fight an enemy that is too powerful or the child frozen in the face of a situation that is far beyond his understanding… It is with this beauty that the beings of Half monster, half god are invested: imbued with grandeur, power, rage, fear, despair and sensuality. “… It will be easy for me later to realize that evil and beauty constitute the two extremes of the living universe, that is to say, of reality. I know that from now on, I will have to hold both ends: by treating only one and neglecting the other, my truth will never be valid. I understand instinctively that without beauty, life is not worth living, and on the other hand a certain form of evil comes precisely from the terribly perverted use that we make of beauty. (Extract from “The First Meditation” of “Five Meditations on Beauty” by François Cheng – French Academy) Half monster, half god does not question good or evil. These monsters inevitably provoke feelings, impressions. Only the viewer will be able to form an opinion. The anguish of the faces and the tension of the naked bodies are intended to be a bulwark against moral judgment. These monsters are imprisoned in the duration of an instant. How can we judge them without knowing the reality of their anguish? These monsters force us to project ourselves into them. Half monster, half god is a gallery of portraits of a new world, a new tribe. Contrary to the traditional function of monsters (to be repellants, beings that must be tamed in order to emerge from them grown up), here, we note an inevitable visual attraction, this desire to resemble them, to belong to them, to possess them, to phagocytize them. The half-monster half-god is presented as a feared and desired future like a budding love. The traditional monster hungry for blood and fresh flesh gives way to become the victim of a humanity with ardent and terrorized desires. Ch. Vootz ¹: Laurent Lemire (Journalist at L’obs and Livres Hebdo) and Laurent Vissière (Lecturer at the Sorbonne) – text: Humanity in large and in its faults for the journal Historia